Bataille de Crécy (1346)

Après le passage du gué de Blanquetaque, une partie de l’armée anglaise s’empara du Crotoy qu'elle brûla, puis Edouard dirigea ses troupes vers Crécy, résolut de ne pas quitter le Ponthieu et d’attendre de pied ferme qu’on vînt l’attaquer. «Prenons ici place de terre, dit-il, en arrivant sur le plateau de Crécy, car je n’irai pas plus loin avant d’avoir vu nos ennemis, Et il y a bien raison que je les attende car je suis sur l’héritage de madame ma mère, qui lui fut donné en mariage. Je le défendrai contre mon adversaire Philippe de Valois».

Averti que le roi de France était arrivé à Abbeville et se préparait à l’attaquer, Edouard disposa son armée pour le combat, les archers en avant. Il avait amené 40.000 hommes, mais depuis l’ouverture de la campagne ; ses troupes affaiblies par les fatigues et les combats ne comprenaient plus que 25 à 30.000 hommes. Avant la bataille, il défendit à ses soldats de sortir des rangs pour piller et dépouiller les morts. Il les fit reposer et communier, puis ils s’en allèrent boire et manger. Lui, alla se placer sur la hauteur dans un moulin disparu depuis quelques années, d’où il pouvait découvrir et diriger l’action. L’armée française pouvait s'élever à cent mille hommes : elle comprenait quinze mille archers gênois, des bourgeois levés à la hâte, un grand nombre de paysans que la frayeur avait rangés sous les drapeaux du roi de France, une foule de nobles et de princes étrangers dont Jean de Bohême. Il y avait trop de chefs et plus d’individus que de soldats ; les seigneurs étaient turbulents et jaloux les uns des autres.

Quelques barons, envoyés en avant pour regarder le pays, apprirent au roi que l’armée anglaise que bien des gens croyaient en retraite, attendait de pied ferme, en ordre de bataille, et lui conseillèrent de différer l’action jusqu'au lendemain, afin de faire reposer ses troupes. Philippe se rendit à ce sage conseil. Il donna l’ordre d’arrêter la marche de l’avant-garde qui venait de s’ébranler, soit par impatience, soit par l’effet d’un malentendu, mais il eut beau crier «de par Dieu et de par Saint-Denis» d’arrêter, elle continua sa route. Les grands seigneurs mirent leur vanité à se dépasser les uns les autres ; alors il devint impossible de maîtriser cette foule et en arriva à l’ennemi dans le plus grand désordre.

Il était trois heures après midi. Un orage violent éclata sur l’armée la pluie tombait par torrents et inondait les arbalétriers gênois. Bientôt le soleil reparut, mais il donnait dans les yeux des Gênois et les aveuglait. Les Anglais, au contraire, tournaient le dos au soleil, avantage de position qui, dans ce combat à l’arc, préliminaire ordinaire des batailles, procurait souvent la victoire. Les deux armées n’étaient plus qu’à peu de distance l’une de l’autre. Le signal est donné aux arbalétriers gênois, qui se trouvaient en première ligne, de commencer l’action ; mais ces étrangers demandent un peu de repos, disant qu’ils sont accablés de fatigue et de faim, et représentent en outre que la pluie a distendu les cordes de leurs arbalètes.

En effet, nés dans un pays où il pleut rarement, ils ne renfermaient pas ces arbalètes dans des étuis comme les soldats d’Edouard. Cependant, excités par leurs chefs, ils engagent le combat.

Les Anglais tirent alors des coups de bombardes qui font tellement de bruit et de fracas qu'on croirait entendre le tonnerre. Il en résulte une grande perte en hommes et en chevaux. Les arbalétriers gênois sont repoussés, car, du haut de chariots couverts d’étoffes et de draps qui les mettent à l'abri, les archers anglais envoient une telle quantité de flèches que cela semble neige.

Le comte d’Alençon, qui croit voir, dans la défaite des Gênois, l’effet d’une trahison, s’écrie : «Tuez cette canaille qui ne fait que nous embarrasser.»

Chargés par les Français, culbutés par les chevaux, les Gênois tournent leurs armes contre les assaillants. Le prince de Galles profite du désordre, sort de ses retranchements, assaille et culbute l’armée française.

Après de vains efforts pour réparer le mal, après avoir cherché dans le combat une mort glorieuse, le soir, Philippe, sur le conseil de ses barons, quitta le champ de bataille, et gagna le château de Labroye dont le seigneur lui était tout dévoué. Il frappa lui-même à la porte. Le seigneur se trouvait aux créneaux : «Hommes d’armes, qui êtes-vous ? demanda-t-il ; si vous ne servez Monseigneur de Valois, vous n’entrerez point dans mon château.

- Ouvrez, dit Philippe, c’est l’infortuné roi de France.

Le lendemain, Edouard fit compter les morts. On trouva, gisant dans la plaine, un prélat, onze princes, quatre-vingts chevaliers bannerets, environ douze cents chevaliers d’un écu et trente mille hommes d’autres gens.

D’après les Chroniques de Froissart. (Edition de la Société de l’histoire de France, par Siméon Luce ; ouvrage cité, I. II., pp. 165 et suiv.).

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