Crecy

La Picardie sous les premiers Valois
La Guerre de Cent Ans Le Passage du gué de Blanquetaque.

En 1346, Edouard III, qui prenait le titre de roi de France, débarqua subitement en Normandie. De là, après avoir, sans grande résistance, ruiné le pays, il pénétra sans s’arrêter jusqu’à Paris, répandant partout la désolation sur son passage. Mais l’armée française s’avançait en forces ; il fallut reculer devant elle, et Edouard épiait l'occasion favorable d’entrer en Picardie pour se retirer dans le Ponthieu, héritage de sa mère. Après avoir passé la Seine, il s’avança jusqu’à la Somme, poursuivi par l’armée de Philippe VI. Il essaya vainement de franchir le fleuve à Long, Picquigny, Pont-Remy, Abbeville. Après avoir tenté vainement de s’emparer de Saint-Valery, le roi d’Angleterre, dont la situation devenait de plus en plus embarrassante, mit son Conseil ensemble, et fit venir devant lui plusieurs prisonniers du pays de Ponthieu et de Vimeu que ses gens avaient pris. Et leur demanda très courtoisement s’il y avait entre eux un homme qui sût un passage qui soit au-dessous d’Abbeville, où l’armée pourrait passer sans péril : «S’il y en a un qui nous le veuille enseigner, nous le quitterons de sa prison, et vingt de ses compagnons pour l’amour de lui.» «Alors un valet de Mons-en-Vimeu, nommé Gobin Agache, s’avança pour parler, car il connaissait le gué de la Blanquetaque, mieux que nul autre, car il était né et avait été élevé près de là, et l’avait passé et repassé en cette même année plusieurs fois, Il dit au roi : «Oui, au nom de Dieu, je vous promets sur l’abandon de ma tête que je vous mènerai bien à tel pas, où vous passerez la rivière de Somme, et votre armée, sans péril. - Compagnon, si tu dis vrai,dit le roi tu auras ta liberté,celle de tes compagnons et cent pièces d’or.» A quoi Gobin répondit : «J’en jure sur ma tête.» L’armée d’Edouard III partit à minuit d’Oisemont, guidée par Gobin, et arriva à cinq heures du matin au gué «où les bestes du pays souloient passer quand la mer estoit retraite» ; mais la mer était dans son plein et le passage impossible. Les soldats murmuraient car un nouvel obstacle se présentait encore. Un corps de français formant un effectif de douze mille hommes était rangé sur l’autre rive. Edouard donna l’ordre à ses deux maréchaux de s’élancer dans la rivière avec leurs cavaliers les mieux montés. Au lieu d’attendre l’ennemi, les chevaliers français entrèrent dans le fleuve et attaquèrent avec vigueur la colonne anglaise ; mais celle-ci redoubla d’efforts et gagna la rive opposée, Le carnage fut grand et quantité de gens de Montreuil, d’Abbeville, de Rue, de Saint-Riquier y moururent ou y furent pris.

D’après les Chroniques de Froissart. (Edition de la Société de l’histoire de France, par Siméon Luce ; Paris, Renouard, 1869 13 vol. in-8° ; T. IlI., pp. 160-165).

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